Assurance tous risques
Comment le Private Equity se débarasse des futurs cadavres de l'IA
“L'État, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde” - Frédéric Bastiat
En avril 2023, dans les toutes premières lignes de l'ours à propos de l'intelligence artificielle, je concluais que l'IA, bien que proposant de nombreux cas d'usage impressionnants en allant jusqu'à résoudre des examens, résolvait essentiellement des tâches prévisibles qui sont à l’opposé des évènements imprévisibles qui apparaissent chaque jour et que, par conséquent, celui qui réfléchit n’avait pas trop de soucis à se faire.
Trois ans plus tard déjà, je persiste et je signe tant l’horreur des textes sans saveur écrits à l’IA ont sabordé nos fils d’actualité et tant les cas résolus par l’IA sont limités.
Pire, les contenus sont si horribles que les détecteurs d’IA ont depuis fait leur apparition. Substack en a adopté un afin de permettre aux auteurs de démontrer tant bien que mal qu’ils ne sont pas une fraude ès LinkedIn.
Cerise sur le gâteau, les entreprises reviennent pour la plupart en arrière, se rendant compte qu’un travail qui a nécessité des années d’études ne peut pas être remplacé par des requêtes ChatGPT. Le Wall Street Journal rapporte :
America’s biggest companies say they might need more people after all.
For months, major employers treated hiring as an expensive last resort. Now, a shift is emerging across industries. Companies ranging from railroad giant CSX to Google parent Alphabet have told investors in recent days that they plan to hire to meet growth goals or to seize on emerging technologies.
The push to expand head count, at least modestly, is a reversal from the prevailing corporate messaging during much of the AI era. Major employers largely held back on adding people due to economic uncertainties or a belief that artificial intelligence could shoulder more tasks on the job. But some executives say the costs and limitations of AI now demand that more people be added; others want to hire people back following layoffs.
Pourtant, lancées comme jamais dans une course aux investissements, les entreprises semblent persister et signer sur ce cheval géant qui n’a plus d’autre choix que d’être le grand gagnant et continuent donc d’investir plus de milliards qu’elles en gagnent trimestre après trimestre.
Afin de maintenir ce rêve éveillé, les transactions circulaires sont devenues tellement visibles que même les banques d’investissements connues pour annoncer la pluie une fois que tout est inondé ne peuvent plus fermer les yeux sur ce que l’ours a annoncé il y a des années :
Big names from Goldman Sachs Group Inc. to investor Michael Burry of “Big Short” fame have for months warned of the “circular” nature of such agreements, where Nvidia finances and takes stakes in companies and projects that use its chips. And yet, the pace of the deals is only quickening. The fear with these transactions is that they may skew demand, spur bad decision-making and magnify losses if AI fails to turn profits for those investing hundreds of billions of dollars in the technology.
Mais derrière ces pluies torrentielles de transactions douteuses qui se reflètent sur des cours qui s’effritent, se cachent d’autres cadavres moins liquides et donc plus difficiles à évaluer.
Si le marché peut réagir rapidement aux risques perçus sur les titres exposés à l’IA, sévèrement sanctionnés cette semaine, les investissements privés se cachent derrière leur propre évaluation et le naufrage ne sera pas déclaré avant que l’épave ait touché le fond avec des musiciens qui jouent encore de leur instrument.
Pour planquer ces actifs qui sentent déjà un peu le pourri, rien n’est trop ingénieux, ni trop mesquin et, comme d’habitude, ce sont les petits investisseurs qui en feront les frais.
Le schéma ? Refourguer les prêts effectués à ses entreprises liées à l’IA dans des assureurs-vie détenus par les mêmes acteurs afin de leur transférer le risque.
En effet, une étude signée Andrew Granato (University of Texas School of Law) et Pranjal Drall (doctorant à Yale), relayée par Michael Burry notamment, décrit le schéma et évalue les risques cités à ce qui ressemble plus à quelque chose d’artificiel que d’intelligent, à moins que vous soyez celui qui collecte les fees.
Aujourd’hui, les assureurs-vie américains détiennent près de 849 milliards de dollars de crédit privé, plus du double de 2014, et une part croissante de ce paquet est adossée aux data centers et au leasing de puces qui financent la fête de l’IA. Aux commandes, Apollo, KKR et Blackstone, qui ont racheté des assureurs-vie tout au long de la dernière décennie.
Puisque les investissements de ces fonds de private equity sont si rentables, ils ont décidé de les transférer à des assurances qu’ils ont eux-mêmes acquises.
Ainsi, si - comme par hasard - ces investissements se révélaient moins rentables que prévu, le tour de passe-passe pourra avoir lieu : les assurés seront protégés par un fonds de garantie, lequel ponctionne les autres assureurs, qui déduisent à leur tour la note de leurs taxes d'État sur les primes. Traduction : la perte finit dans les recettes fiscales publiques, sans jamais avoir eu à s'appeler un bailout.
Pile je gagne, face tu perds : le Private Equity gagne sur tous les côtés, un rendement supérieur à celui redistribué aux assurés en cas de bonne performance, des pertes très limitées dans le cas contraire et des management fees récoltées tout au long du processus.
Et donc à Michael Burry de conclure :
“Nothing virtuous about this process,” Burry added. “This is Private Equity kicking its final can down to the end of that very long road. Taxpayers wait there.”
Le Private Equity s’est assuré contre son propre naufrage, avec les primes payées par le contribuable et les investisseurs qui pensaient faire une bonne affaire.




