The Beautiful Game
La loi du plus fort
"The strong do what they can and the weak suffer what they must." - Thucydides
Un des avantages de la coupe du monde de football est de réunir un grand nombre de personnes derrière le même évènement. Aucun autre évènement n’attire autant d’intérêt commun à travers les continents et, malgré le boycott des Italiens, la plupart des spectateurs n'ont pas résisté à l'envie d'assister à la 23e édition.
Chaque édition apporte son lot de controverses et de surprises. Toutefois, malgré les progrès technologiques, jamais les décisions arbitrales n’ont autant fait débat, à tel point que même les spécialistes des cryptomonnaies sont devenus experts en carton rouge du jour au lendemain.
En toile de fond : les grandes équipes et en particulier l’Argentine seraient avantagées par les décisions arbitrales.
Sans recours à la VAR, ceci n’est que le reflet de ce que nous vivons de plus en plus en société, mais qui n’impacte pas de la même manière le confort quotidien de tel ou tel supporter.
Depuis longtemps déjà, la loi du plus fort est en vigueur.
Les règles ne sont pas les mêmes pour tous : selon le maillot que vous portez, la vie de tous les jours diffère grandement.
Par exemple, pendant que les Britanniques recevaient des amendes pour s’être retrouvés autour d’un banc public, Downing Street organisait des soirées arrosées au cœur du confinement. Boris Johnson a écopé d'une amende de 50 livres.
Mais ces inégalités ne s’arrêtent pas à la vie de tous les jours et l’écosystème économique, financier et politique est également centré autour de cette loi non écrite, mais présente partout.
Le génie de la fraude, Elon Musk, l’a bien compris. Il est devenu à la bourse ce qu’est l’Argentine au football. Too Big to Fail. Alors, il n’a pas hésité à acheter les arbitres et établir ses propres règles pour s’assurer que ses équipes qui ne marquent guère de points arrivent dans le peloton de tête du Nasdaq.
Pas plus tard que cette semaine, Reuters rapportait un exemple de plus :
Elon Musk’s artificial intelligence company xAI has installed 59 natural gas turbines for its Colossus 2 data center project in Tennessee without securing federal clean air permits, according to communications between regulators and xAI representatives.
Potential emissions from the turbines are far beyond the threshold that would require a federal permit, and would be released near predominantly Black communities already estimated to be suffering disproportionately high rates of lung disease, according to a Reuters analysis based on government data and information in the correspondence with regulators.
Soyez-en certain, ces constructions polluantes sans autorisation ne seront pas revues par la VAR. Elles auraient par contre été sifflées - même avant la faute - si vous aviez voulu construire une cheminée qui n’entrait pas dans les standards prévus par votre commune.
Au contraire, quand les riverains ont porté l'affaire devant la justice, le ministère de la Justice américaine est intervenu pour défendre xAI, sécurité nationale oblige. L'arbitre ne se contente plus de fermer les yeux : il plaide pour le fautif.
Souvent, il n’y a même pas d’adversaire et tout est fait pour que la partie soit déjà gagnée avant le match.
Lorsqu’il s’agit de payer des impôts, c’est pareil. Les grandes fortunes bénéficient de règles applicables à elles uniquement. Négocier avec l’arbitre à l’aide d’avocats-fiscalistes fait partie du jeu pendant que votre taux d’imposition ressemble étrangement à une possession de balle espagnole contre Curaçao.
Le délit d’initié, lui, ne s’applique bien entendu qu’aux petits comptables et non aux présidents et autres personnalités politiques qui marquent un hat trick sur hors-jeu chaque 31 décembre, alors que l’arbitre est en train de revoir à la vidéo un match de 4e division.
Quant à la corruption d’agent étranger, elle ne s’applique qu’aux joueurs de petits championnats. Si votre équipe nationale veut faire des offrandes à l’autoproclamé arbitre en chef et accessoirement représentant de la paix de la FIFA, vous n’avez même pas besoin de vous cacher : la main de dieu, devant des milliers de caméras et même si elle dégoute, ne sera pas sifflée.
Et si votre nation a la chance d’être parmi le top 10 du classement des grandes puissances, elle pourra lancer des bombes sur qui elle veut, quand elle veut sous le prétexte qu’elle souhaite. Des missiles nucléaires sont gardés dans le vestiaire afin d’éviter toute contestation.
Pour les autres joueurs, ils n’ont qu’à bien se tenir et respecter les règles sans quoi l’expulsion pourrait vite arriver.
Cette coupe du monde aura donc eu deux vertus : nous rappeler que les règles ne s'appliquent qu'à ceux qui ne sont pas assez gros pour s'en affranchir et que la Suisse est toujours dans les bons coups lorsqu’il s’agit d’être neutre en faveur des plus forts.
Merci Gianni, merci la FIFA, et que le meilleur gagne samedi dimanche.






