Sous les Bonds
La fin de l'économie casino ?
“Inflation is the one form of taxation that can be imposed without legislation." - Milton Friedman
Lorsque de jeunes joueurs n’aimant pas la défaite jouent à une partie de Monopoly, rares sont celles qui se terminent sans que des prêts soient effectués avec la banque ou les autres joueurs, repoussant l’échéance de la fin de partie que personne ne veut perdre.
Quelques tours avant la fin de la partie, les prix d’échange des cartes sont souvent bien supérieurs aux prix affichés, enflés par les billets nouvellement émis par le "banquier”.
Le jeu est un parfait exemple d’illustration de l’inflation : lorsqu’il y a trop d’argent dans un système avec des biens disponibles limités, les prix prennent inévitablement l’ascenseur. D’un côté, l’offre est limitée et la demande devient de plus en plus grande, boostée par les billets injectés dans la partie.
Les États-Unis - accompagnés de nombreux autres pays - ont recréé ce mécanisme ces dernières années en imprimant de plus en plus de billets pour que vous - heureux joueurs du système capitaliste - continuiez à jouer.
L’offre, quant à elle, est restée élevée grâce à deux raisons principales : les flux entre les différents acteurs économiques fonctionnaient relativement bien et une offre de produits inutiles a été ajoutée aux marchés afin de s’assurer que les joueurs de ce capitalisme en fin de cycle puissent dépenser les dollars imprimés la veille : cryptomonnaies, NFT, meme stock, Rolex aux enchères.
Le début de la fin de ce modèle économique a été sonné lorsque les États-Unis se sont tirés une balle dans le pied de leur propre modèle, qui a pourtant fait d’elle une superpuissance économique ces 70 dernières années.
En effet, le blocage du détroit d’Ormuz aura pour impact de réduire de manière significative l’offre de bien et de services aux quelques 8.3 milliards de joueurs.
Bien que le détroit soit maintenant fermé depuis bientôt trois mois, les effets ne font que commencer à se faire ressentir chez les consommateurs finaux, de la même manière à ce que vous ne saurez pas qu’il y a une pénurie de poulet le jour où la dernière poule a quitté le poulailler, mais devant le rayon vide du supermarché.
Et lorsque l’offre est réduite pour les biens de premières consommations, les prix prennent inévitablement l’ascenseur :
Face à l’inflation, un seul arbitre : le marché obligataire (bond market) qui anticipe la montée des taux à venir.
Le marché obligataire est le seul adulte dans la pièce. Quand les investisseurs anticipent de l'inflation, ils vendent leurs obligations existantes - émises à des taux trop bas - pour exiger mieux sur les nouvelles. Résultat : les taux longs s'envolent, et la facture pour emprunter pour les États, les entreprises, et chacun des joueurs explose avec eux.
C’est ce qu’ils semblent anticiper. Bloomberg :
Yields on government bonds have surged globally in recent weeks as a jump in energy prices caused by the Iran war adds to inflation fears, pushing traders to bet the Federal Reserve will hike rates as soon as this year. Mounting deficits are also prompting investors to demand greater compensation to own longer-maturity debt.
Les taux ont parlé. La question qui se pose désormais n’est pas de savoir si l’inflation va s’emballer, mais qui paiera la facture?
Dans les années 70, c’est le salarié américain qui a payé, rogné par une inflation à deux chiffres pendant presque une décennie. En 2008, c’est le contribuable qui a sorti le chéquier pour recapitaliser les banques. En 2020, c’est l’épargne de la classe moyenne qui s’est évaporée en silence, mangée par la planche à billets.
Dans chaque partie qui dure trop longtemps, il y a un moment précis où le joueur le plus endetté pose ses dernières propriétés sur la table et comprend que les billets qu’il lui reste ne valent plus rien.
En 2026, ces joueurs-là sont de plus en plus nombreux : ils louent plutôt qu’ils ne possèdent, ils empruntent à taux variable, ils font leurs courses sans même chercher le poulet, pas parce qu’ils sont végans, mais parce qu’ils n’ont plus le budget.
Ils n’ont pour la plupart pas retourné la table dans les années septante, ni en 2008, ni en 2020.
Personne ne sait ce qu’ils feront en 2026. Mais une chose est sure, quand les bonds leur tombent sur la tête, il ne reste plus de place pour jouer à l’économie casino.
Les gros joueurs, eux, sont déjà en train de quitter la partie sans même passer par la case start.





